J’ai appris beaucoup par les livres lors de mon externat dans ma ville. Mais rien de remplace la pratique à la théorie. Pas de meilleure formation que d’être au lit du patient, de s’imprégner de l’expérience de nos aînés, de mimer leurs gestes, sous forme d’un compagnonnage, d’un apprentissage. D’où sûrement le corporatisme qui en découle.

Toujours est-il que mon avant dernier stage dans ma Ville se déroulait dans un service de psychiatrie. Certains y vont en reculant, j’y allais pour comprendre. Pour me jauger, pour moins juger les autres, les malades, les fous. Et pour rire encore et toujours des facéties de S face aux psychotiques.

Le dernier entretien, où l’on devait nous évaluer, avait lieu avec une maniaque. La sémiologie était facile, banale. La suite fut plus intéressante. J’étais noté par une psychiatre que je ne connaissais que de réputation. Plantureuse, imposante, convaincante.

On parla surtout de nous, de notre vécu de la psychiatrie. Et elle développa enfin sa théorie : celle du Tonton Fou.
N’a-t-on pas chacun, dans notre famille, une tante un peu folle, une mort inexpliquée, un suicide tabou, un cousin qui parle seul et se cogne la tête contre les murs ?

Je cherchais rapidement mais c’était évident. Sa théorie tenait debout : un petit cousin « épileptique », un grand oncle suicidaire, une autre simplette....

Cela s’est encore vérifié la semaine dernière. Un suicide dans le bassin du quartier, son épouse qui rapidement le suit d’un hématome fronto-pariétal fatale, une redescente rapide pour gérer ce que ne peuvent faire les vacanciers à l’étranger. Un retour comme un fils prodigue, qui gère, qui réconforte, qui console. Qui ne comprend pas mais ne cherche pas à trouver une raison. C’est leur choix. Respectons le.

Ca m’aura au moins permis de me réconforter avec l’Eglise. Un prêtre jeune de près, mais loin d’être beau. Un sermon marquant, illustré d’exemples frappants, des paroles d’amour et de réconfort. Il me ferait presque revenir sur ma situation extrémiste anti-cléricale....